Pourquoi la crise de 2009 était la bonne?

Je m’aventure aux limites de ma zone de confort qu’est le Droit, pour m’intéresser le temps d’un article à l’objet de cette discipline : la société. Ce sera l’occasion pour moi de partager avec vous mon optimisme concernant l’avenir du pays. N’y voyez en aucune manière une quelconque confiance envers nos actuels dirigeants quant à leur compétence ou leur probité, là n’est pas le sujet. Je vous parle de contexte social et d’environnement politique.

Cet article est une republication de l’article original publié sur la version antérieure de Lexxika.com.
Il n’est donc plus d’actualité, mais vous pouvez y trouver des réflexions et des points de Droits qui restent encore valides et pertinents.

 

Je me rends compte de l’énormité de l’hypothèse avancée tant il a été écrit, et je m’en suis même fait le relais dans un précédent article, que la crise malgache est profonde et que les mouvements de 72, 91, 2002 et 2009 n’en sont que les symptômes. Je maintiens mon assentiment envers cette analyse, toutefois, à la différence de la thèse soutenue par certains auteurs qui voient dans la résolution de la crise de 2009 les germes de la prochaine crise et qui spéculent sur une éventuelle junte militaire dans l’avenir 1J. Fremigacci, Madagasar ou l’éternel retour de la crise, Afrique Contemporaine, 2014/3, n°251, p.125 à 142 , ma conviction est que dans la crise de 2009, la société malgache a trouvé remède a plusieurs de ses maux. Certains verront de la naïveté dans mon optimisme, ils ont sûrement raison. Beaucoup d’aspects échappent en effet à cette ébauche d’analyse, toutefois, si elle ne s’avère pas juste, cette réflexion aura au moins le mérite d’être une incantation pour un avenir meilleur, joignez-vous à moi, si on s’y met à plusieurs, les cieux nous entendront peut-être.

Contexte politique

Le premier constat relatif à l’environnement politique malgache actuel est qu’il y évolue un certain nombre d’acteurs et de partis politiques disposant d’une base populaire assez importante. Contrairement à ce à quoi nous avons été habitués durant la quasi-totalité de l’histoire des Républiques malgaches, le jeu politique actuel admet plusieurs partis politiques aux capacités électorales voisines 2 à vérifier lors des élections communales qui arrivent bientôt et non plus, un super parti au pouvoir et une multitude de partis politiques vivotant au gré des alliances opportunes 3Les surpuissants ayant marqué l’histoire du pays étant le PSD, l’AREMA, le TIM .

Depuis Tsiranana, on constate un parti au pouvoir, dominant sans partage la scène politique sans opposant sérieux 4 par “sérieux” j’entends ayant la capacité d’enclencher une alternance à la tête du pays , et une population qui fait allégeance dans sa grande majorité sans broncher. Seule ou quasiment, toujours frondeuse et berceau des contestations, Antananarivo était le théâtre d’un combat politique permanent ou presque.  La période transitoire ayant vu le parti au pouvoir contraint de composer avec d’autres courants politiques a fait naître chez les politiciens malgaches la conscience que le gouvernant en place pouvait-être bousculé et comme on le constate depuis, ils y vont à cœur joie.

La confrontation actuelle entre deux formations politiques prépondérantes, l’une disposant d’un contingent considérable de députés et l’autre aux commandes de l’exécutif, peut conduire à des regards critiques croisés qui amèneront les uns et les autres à être exemplaire ou du moins à faire attention à leurs actes afin de ne pas donner du grain à moudre pour le camp d’en face. Dans le jeu d’Ikotofetsy sy Imahakà qui se joue entre les deux, on évite de se faire prendre en flagrant délit de bêtises, et le meilleur moyen de ne pas se faire prendre est encore de ne pas en faire. Ainsi, les velléités de nuisance réciproques peuvent si elles ne paralysent pas les institutions, ce qui est un risque, concourir à l’établissement d’un environnement politique sain. Outre les deux formations s’affrontant frontalement, une troisième force politique pèse lourd dans l’échiquier politique et peut entretenir le débat politique pour que celui-ci devienne constructif.

Travaux Pratiques de Droit

Le politicien malgache, et par ricochet la population également, découvrent les possibilités et les garanties offertes par le Droit. Au fil des tribulations des députés, le pays s’offre un cours de Droit Constitutionnel grandeur nature à travers lequel on apprend les pouvoirs et responsabilités de chacun. Si certains peuvent déplorer un « juridisme » exacerbé inadéquat face à des problématiques et des enjeux politiques 5 Patrick Raharimanana don-dresaka 31/05/2015; chronique Vanf , pour ma part je me réjouis du passage d’une recherche perpétuelle de consensus d’une part et de l’appel à la descente dans les rues d’autre part, vers un règlement des différends politiques devant le juge qui dit le Droit. La maturité politique fera qu’à force de saisine du juge tous les acteurs intégreront les règles du jeu et on fera face à moins de tâtonnements.

En outre, l’existence de forces plus ou moins équivalentes à l’Assemblée Nationale permet un vrai débat virulent dans ce haut lieu de la démocratie, on déplore toutefois que cette virulence se manifeste sur des questions telles que « esory ny satroka-nao, tapao ny volonao ». On espère autant de pugnacité de la part des députés sur des échanges concernant des lois touchant la société. On salue déjà l’esprit de contradiction qui permet le plus souvent de soulever les problèmes sur lesquels il faut s’atteler, toutefois on espère qu’il se manifestera sur des questions autrement plus primordiales pour le pays.

Fin de la toute-puissance des responsables politiques

On constate également que la toute-puissance des tenants du pouvoir à laquelle on était habitué et à laquelle on pouvait s’attendre vu l’arrogance avec laquelle certains d’entre eux s’expriment, prend progressivement fin. Le feuilleton Air Madagascar conduisant à la déchéance d’une personnalité politique que l’on croyait intouchable, affublé affectueusement sur les réseaux sociaux du doux sobriquet de Quasimodo, témoigne du fait que tout le monde peut choir de son piédestal.

On retient également la déchéance d’un chef de région issu du parti présidentiel qui a été limogé après avoir suscité l’émoi dans l’opinion publique. Ce fonctionnaire d’autorité d’alors usait de ses prérogatives pour « inviter » quelques entreprises de sa région à régler la note des assises régionales des hommes en cravate bleue. Par ailleurs, on voit que plusieurs dignitaires politiques ont été condamnés ou sont mis en examen pour corruption ou malversation 6hauts fonctionnaires, anciens ministres… .

Espérons que ces têtes qui tombent ne sont que les prémices de la future hécatombe des criminels gravitant dans la sphère de l’État. La multiplication des affaires révélées et emmenées devant le juge peut par ailleurs, si des sanctions assez lourdes sont prononcées, constituer à terme une dissuasion pour les personnes aux responsabilités de céder à des pratiques peu orthodoxes.

Le citoyen malgache

Finalement, ce dont je me réjouis plus particulièrement, la population malgache s’intéresse de plus en plus à la chose publique. Serait-ce parce que le citoyen malgache vient de faire le lien entre sa vie de tous les jours et la vie politique du pays ? On peut imaginer qu’à travers la crise politique de 2009 qui a eu des répercussions durables sur son mode de vie, le malgache fait le lien entre l’État et sa condition. Il a pu constater que la sphère politique n’était pas un monde à part et que ce qui s’y passait avait des répercussions sur son quotidien.

Par ailleurs, il se peut qu’à force d’invoquer la volonté du vahoaka à tout va pour justifier telle ou telle imposture, les politiciens aient fait comprendre à ce vahoaka que c’est de lui dont il s’agit et que, de ce fait, il doit s’intéresser à ce que les dirigeants du pays font. Ce ne sont que des spéculations, les raisons de cet intérêt naissant pour la chose publique d’une large frange de la population nous seront expliquées par des personnes plus avisées.

Ceci étant, force est de constater que les réseaux sociaux s’accaparent de plus en plus des problématiques touchant la vie du pays. Entre motion de déchéance, motion de censure, indemnisation des ex-détenus politiques, saisine de la HCC, immunité parlementaire, grève au sein d’Air Madagascar, travaux d’extension d’aéroports et beaucoup d’autres sujets du même acabit, on constate que le débat politique trouve sa place sur les réseaux sociaux entre les selfies et une vidéo de bébés « trop mignons » qui parlent avec des chiens.

Prise de position

Le jeune malgache commence à ouvrir sa bouche 7tapoter sur son clavier plus précisément , certes pour dire des bêtises quelques fois, mais aussi pour exprimer sa vision de la société et c’est tant mieux. La couardise qui nous était si caractéristique commence à s’estomper, et pour preuve je prends en exemple le débat sur les réseaux relatif au mariage gay consécutivement à la légalisation aux États-Unis. Les prises de position faites par les uns et les autres sur ce sujet témoignent d’une évolution dans, au moins, une partie de la jeunesse malgache.

En effet, il m’est inimaginable que les échanges que l’on peut lire sur quelques pages aient pu avoir lieu il y a quelques années tant ne pas heurter était plus important que d’exprimer sa pensée. Cette pratique naissante couplée avec le regard critique envers la sphère politique qui s’est développé durant la crise de 2009 font naître un activisme citoyen qui se manifeste tant par des prises de position sur les réseaux sociaux que par des actions concrètes telles qu’ont pu faire wake up madagascar par exemple.   « Indignez-vous » disait Stéphane Hessel pour inciter les citoyens à ne pas accepter la manière inique dont certains sujets étaient traités par les politiques.

À mon sens, cette étape cruciale de l’indignation a enfin été franchie par le peuple malgache, ce qui l’amène à être plus critique vis-à-vis de ses dirigeants. Montesquieu disait que “Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent”, on commence à peine à mériter mieux. Ce n’est qu’un début mais enclencher la démarche est le plus dur, la crise de 2009 a constitué le choc amenant à cette vigilance du citoyen, reste à cultiver cet esprit critique pour qu’il demeure et s’étende à toute la population.

Hiadana sy ho finaritra! Eh sambatra tokoa izahay!

Derrière votre article:

Notes

1 J. Fremigacci, Madagasar ou l’éternel retour de la crise, Afrique Contemporaine, 2014/3, n°251, p.125 à 142
2 à vérifier lors des élections communales qui arrivent bientôt
3 Les surpuissants ayant marqué l’histoire du pays étant le PSD, l’AREMA, le TIM
4 par “sérieux” j’entends ayant la capacité d’enclencher une alternance à la tête du pays
5 Patrick Raharimanana don-dresaka 31/05/2015; chronique Vanf
6 hauts fonctionnaires, anciens ministres…
7 tapoter sur son clavier plus précisément

Partager :

Facebook
Twitter
Email

Commentaires

4 Commentaires
Celui avec le plus de vote
Le plus récent Le moins récent
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
Ando Rabari

Ny ahy ndray everiko hoe Imakaha 🙂

Ando Rabari

et en particulier CE jeune commence à ouvrir sa bouche 🙂 mais heureusement pas que pour dire des conneries 🙂 (ary angaha Imahaka moa ilay izy sa diso tsipelina Lalaina Chuk Hen Shun )

LEXXIKA

Imahakà marina no izy

[…] Ceci laisse groggy tant il semblait que le citoyen malgache commençait à développer un intérêt de plus en plus accru pour la chose publique. Est-ce l’intérêt qui n’était que passager ou sont-ce les candidats qui se sont présentés […]

Vous pourrez également apprécier

Loïc H. Kwan

Constituer sa société à Madagascar : initiation à la fiscalité

« Fiscalité » est rarement un vocable que l’on apprécie entendre. Toutefois, malheureusement, en tant que futur entrepreneur, vous allez devoir vous y pencher de manière régulière et avec la plus grande gravité si vous ne voulez pas avoir un jour avoir affaire, selon l’expression populaire, à ces « vautours du fisc ». Mais bon, comme je suis quand même sympa, on va avancer petit à petit dans la découverte de cette matière ô combien nécessaire, mais ô combien pénible pour les gens sains d’esprit – entendre « non-fiscalistes » – .

Loïc H. Kwan

Magistrats vs. Journalistes

Le Syndicat des Magistrats de Madagascar a choqué les journalistes ce 15 janvier en leur disant, avec bien peu de délicatesse, qu’il leur faille cesser de colporter des mensonges sur l’implication de magistrats dans l’affaire du kidnapping de Toamasina. Brandissant la menace du procès pour diffamation, ceux-ci exigent des rectifications et excuses publiques afin de disculper les magistrats de Toamasina qui ne sont pas loin de connaître la sentence de leurs confrères illégitimes : les justiciers populaires. Mais diffamation y a-t-il eu ?

Lalaina Chuk

Pgm C/ Ny Havana, une affaire à 5.000.000€ faisant trembler Cachan et Arago

PGM c/ Ny Havana, ou comment un litige devant le TPI de Mahajanga se retrouve devant la CA de Paris (et c’est pas fini). Une affaire entendue par le TPI de Mahajanga opposant l’assureur Ny Havana et son assuré, PGM, une société de droit malgache, qui devient un différend soumis à l’arbitrage CCI entre l’Etat malgache et une société luxembourgeoise en passant par la saisie des foyers de Cachan et d’Arago et d’autres avoirs de l’Etat malgache. Le tout pour une histoire de sommes bien rondelettes mêlant politique, diplomatie, social et, pour notre grand plaisir, Droit.