Andao e-fidy

Mail, drague, chasse aux Pokemon... tout se passe désormais sur internet. Et si la démocratie prenait aussi toute la place qui lui revenait sur ce formidable outil

Cet article est une republication de l’article original publié sur la version antérieure de Lexxika.com.
Il n’est donc plus d’actualité, mais vous pouvez y trouver des réflexions et des points de Droits qui restent encore valides et pertinents.

 

L’e-démocratie : la démocratie au bout des doigts

Le thème abordé est sans nul doute prématuré à Madagascar lorsqu’on considère que la fracture numérique n’y est pas encore un sujet de préoccupation, encore faut-il, avant qu’on se penche sérieusement sur la question, que la chanson « jiro tsy mandeha telefônina tapaka… » ne soit plus d’actualité. Le débat soulevé est aussi pertinent que celui des amis qui se disputent la place de devant de la 2cv hypothétique qu’ils ne peuvent même pas s’offrir. Toutefois, si pour une fois le droit pouvait devancer la technologie et que le jour venu, le débat de fond aurait été épuisé, on ne tâtonnerait plus pour plonger dans une modernité directement inspirée de l’Antiquité. Ainsi, pour le plaisir et pour prendre une sacrée avance sur l’époque, lançons une discussion sur une fiction dans laquelle la démocratie passerait par la souris ou l’écran tactile. La démocratie au bout des doigts.

Alors qu’il est globalement admis que la démocratie représente le meilleur, ou le moins mauvais, mode de gouvernement, on constate l’essoufflement du procédé. Une crise démocratique touche de plus en plus de nations. D’une part, les élus et leurs décisions, les candidats et leurs programmes n’incarnent que peu ou pas les convictions des citoyens. Et d’autre part, ces derniers se désintéressent de la chose publique, celle-ci étant devenue un débat d’initiés dont l’écho ne touche qu’une frange limitée de la population. Un décalage s’opère alors dans nos démocraties entre le gouvernement du peuple et le peuple gouverné. D’où, entre autres, les taux d’abstentions élevés et les changements de gouvernement par la rue.

La principale source de ce dysfonctionnement réside dans l’essence même de nos démocraties : la représentation, ce mécanisme par lequel on désigne ceux qui décideront à notre place. Ainsi élit-on les membres du parlement votant les lois au nom du peuple et contrôlant les actions du gouvernement pour le compte du peuple. La dénomination des députés malgaches : « solom-bavam-bahoaka », ou « locuteur se substituant au peuple », résume assez bien le principe de la démocratie représentative. Le procédé permet l’exercice du pouvoir par le peuple à travers ses représentants. Une délégation de pouvoir inévitable, car le nombre important de citoyens et l’étendue des territoires empêchent les peuples d’exercer eux-mêmes les prérogatives qui sont les leurs tel que pouvaient le faire, comme on aime à le croire, les citoyens d’Athènes à l’époque de Périclès, père de la démocratie. Mais si, à y regarder de plus près, la démocratie de Périclès était déjà représentative, une formule allant plus loin, s’exonérant de toute représentation, pourrait remédier aux maux de nos sociétés et remettre le citoyen en phase avec son État. Donner à chaque citoyen l’opportunité et la responsabilité d’exercer le pouvoir législatif sans passer par un « locuteur de substitution » rendrait chacun directement comptable de la vie de l’État. Ce qui est plus propice à cultiver la citoyenneté.

Cet utopique retour aux sources remettant le citoyen au cœur du fonctionnement de l’État ne semble pas si irréalisable dans certaines contrées. La connectivité et l’instantanéité des échanges d’aujourd’hui permettent d’imaginer une assemblée du peuple éparpillée sur tout le territoire, voire au-delà, mais réunie en Ecclésia1Assemblée des citoyens dans les cités grecques antiques, à la place des parlements actuels dans la Pnyx2Lieu de rassemblement des citoyens d’Athènes où ils se réunissaient en assemblée délibérante numérique. Le vote électronique est le premier pas à franchir pour aller dans ce sens et il semble bien que l’écran tactile commence à se substituer au bulletin papier dans certaines démocraties. Toutefois, il ne s’agit que de machines à voter tenant lieu d’urne, installées dans les bureaux de vote traditionnels, et déjà, on constate une reculade des pays tels que les Pays-Bas qui abandonnent le procédé ou la France qui y met un frein.

La raison de cette méfiance réside dans le risque de détournement des scrutins étant donné la vulnérabilité des données numériques sujettes au piratage et autres manipulations. Mais ce danger n’est pas le plus à craindre dans l’hypothèse évoquée. En effet, les inquiétudes, relatives aux questions techniques de sécurité et de vérification d’identité que pourrait susciter le vote à distance, seront balayées par des moyens technologiques qui ne manqueront pas d’abonder. La problématique principale soulevée par un tel mode d’exercice du pouvoir réside plutôt dans la capacité du peuple à occuper une fonction qu’il a abandonnée à ses représentants à la naissance même de l’État.

Premièrement, une incapacité matérielle due à la fracture numérique. En effet, en l’état, tous ne disposent pas d’un accès à internet et d’une familiarité à s’en servir permettant de passer au tout numérique. Ceci est d’autant plus vrai en ce qui concerne notre pays, le chemin semble encore extrêmement long. Deuxièmement, se pose la question de l’intelligibilité des lois et principes devant être pris en compte par le législateur que deviendra chaque citoyen. Il est vrai que certains légitiment la représentation par le niveau d’instruction général du peuple qui ne lui assurerait pas l’acquisition des outils intellectuels nécessaires pour exercer le pouvoir valablement. Et finalement, la démocratie directe permettrait une tyrannie de la majorité qui ne pourra plus être diluée comme elle peut l’être dans la démocratie représentative. Comme un têtu l’a dit un jour : « ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux qu’ils ont raison », ce pauvre têtu sera bien embêté dans une organisation où les idées de la majorité deviendraient loi systématiquement, aussi truffe soit la majorité.

Ces considérations ne sont pas de nature à écarter l’opportunité que constitue la possibilité de revenir à la démocratie athénienne, ou à l’idée qu’on s’en fait. Les contraintes techniques ne sont pas insurmontables. Et les arguments de tyrannie de la majorité et du niveau d’instruction ne sauraient prospérer, car les contrôles et élaborations des lois demeureraient l’apanage des techniciens formés à cet effet, tel qu’il en est maintenant. A quoi on pourrait ajouter un mécanisme de contrôle par une institution gardienne des règles et principes fondamentaux comme la Cour Suprême américaine, le Conseil Constitutionnel français ou la Haute Cour Constitutionnelle malgache.

La participation directe des citoyens au vote d’adoption d’une loi existe déjà dans certaines démocraties3En Suisse, aux États-Unis…. La technologie nous permettra bientôt d’étendre, voire, de généraliser cette pratique. Si on allait dans ce sens, la démocratie ne se contenterait pas de ne pas rater le virage numérique, il en profiterait pour bénéficier, à l’avenir, d’un nouveau souffle venant de l’antiquité.

 

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Notes

1 Assemblée des citoyens dans les cités grecques antiques, à la place des parlements actuels
2 Lieu de rassemblement des citoyens d’Athènes où ils se réunissaient en assemblée délibérante
3 En Suisse, aux États-Unis…

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